Saré-Thioffy (3ème partie)

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Installés en bordure de la rive gauche ,les comptoirs donnaient à l’Ouest ,sur l’actuelle Avenue El-Hadj Oumar Al Foutiyou TALL.
De part et d’autre de cette principale artère nous avons : à l’emplacement de l’actuelle Ecole Baba Dickel WONE , l’immeuble a occupé plusieurs fonctions ;
-Usine de fabrication des barres de glace par la Cie FAO
-Collège d’Enseignement Technique avec comme Directeur Mr Amadou Aidara .Ce collège a formé la jeunesse en menuiserie ,maçonnerie ,santé ,météorologie ,élevage ,eaux-& forets ,etc…
Le collège deviendra l’Ecole des Jeunes filles avec comme Directrice Khadiata BA GALANDOU ,puis l’école Annexe et à l’indépendance Ecole
Dans le prolongement de cet édifice ,nous avons la Maison de Bassirou DIOP ,de Aliou Bailo SY ,chez Brahim Araman (un libano Syrien) maison rachetée par L’Ancien Ministre de l’Intérieur Mr Ibrahima WONE. Cette maison abritera les bureaux du Développement Rural et sera rachetée par le PDG de Sénégal Tours Mamadou Racine SY.
Suivant la Maison de Mr SY ,nous avons domaine de Youssouph Négri & frères. A l’époque coloniale elle abritait le comptoir NOSOCO.
En face du domicile de Youssouph Négri ,les actuels occupants (SPIA ,Boutique Orange….) sont dans le domaine de Ciré Sow ,un natif de Thioffy ,installé en Mauritanie.Il a acheté l’immeuble qui appartenait à un riche commerçant maure :OULD DAH.
De cet immeuble à la rue qui fait angle avec l’actuelle brigade de gendarmerie ,et face à la Poste,cet espace est occupé par des boutiques .Une maison ne peut passer inaperçue : c’est celle de Yakhya DIOP . Suite à cette maison ,nous avons le domaine de Ibra Dieynaba WONE .Occupé pendant la période coloniale par un Libano-Syrien Antoine Cartabani et Malaw SY un commerçant de Thioffy, le local a abrité la SONADIS, initialement installée dans l’ancienne boutique de la Cie F.A.O. donnant sur les Quais Boubou SALL .De nos jours ,nous avons la Librairie de Monsieur Oumar Kane.
Toujours le long de l’Avenue El-Hadj Oumar ,entre Buhan Teisseire et Devès Chaumet ,l’immeuble ayant appartenu au Guide Religieux Yakhoub Ould Cheikh Sidiya ,avait été occupé un Libano Syrien :Nadime.
Coté gendarmerie actuelle ,une rangée de boutiques dont celle de Oumar Mbaye ;cette boutique ,a retenu notre attention.Durant les élections entre BDS (de SENGHOR) et SFIO (de LAMINE GUEYE) ,la boutique était envahie par des gens de Thioffy(-Oumar Mbaye est de ce quartier- ) qui étaient tous partisans du BDS ; le parti opposé avait venir de Saint-Louis un délinquant du nom de Mbol qui pour la circonstance avait ingurgité quelques litres de Stork Beer :il assomma, d’un coup de tête ,un à un les occupants ,les empêchant ainsi d’accomplir le vote en faveur de leur candidat !C’est qu’au Sénégal ,les élections se conjuguent toujours avec violences verbales, physiques et matérielles !Soit dit en passant et dans le meme ordre ,chaque parti dans les grandes agglomérations ,avait SA SECTION FRAPPE , armée de gourdins et dés fois des armes blanches ! De nos jours ,la violence est la marque lors des joutes électorales ;elles sont précédées par des attaques verbales au vitriol ,des dénonciations ,des calomnies ,des dénigrements ,des accusations fondées ou calomnieuses !Tout est permis pour salir l’adversaire !Ce qui jure d’avec la politique ,ce qui ne fait nullement avancer la démocratie ! S’il faut en revenir à la loi du fort par perpétrant du terrorisme tout azimut ,bonjour la jungle !
Aux alentours du grand marché ,un grand nombre de boutiques ;deux d’entre elles ont retnu notre attention : l’immeuble de Khassoum FALL ,père de Bassirou Khassoum FALL et l’immeuble de Hamet T’FEIL FALL .
L’ANIMATION DES QUAIS ET DE L’EMBARCADERE
L’embarcadère ,les quais ,le marché central (qui était à l’emplacement actuel du CDEPS) ,sont les endroits qui traduisent la vitalité du rôle de Podor dans les échanges commerciaux de l’époque.
Dés le point du jour ,par divers chemins ,à pieds, à dos d’ânes ,des bœufs porteurs ,les habitants des villages environnants ,se donnent rendez-vous à Podor. Venir à Podor pour vendre divers produits locaux :bérefs ,niébé ,mais ,patate , moutons ,chèvres (ces petits ruminants jusqu’en 1965 ne coutaient pas plus de 750 francs !),viande de biche ,de caiman ,de canards sauvages ,de pintades et d’autres gibiers ;mais également pour se procurer du sucre ,du riz ,de l’huile ,du pétrole lampant ,des lampes tempêtes ,des mèches pour lampes ,des bougies ,des allumettes,des chaussures bata (pas un pas sans bata !),des peignes ,des mouchoirs ,du tissu ( percale ,meylisse,malicane ,bazin,kidikong ….)et solliciter les multiples tailleurs pour se faire coudre les habits ;acheter à la Cie F.A.O. les petites bouteilles contenant les produits pharmaceutiques pour le traitement des éruptions dues à la syphilis (maladie endémique à l’époque) ;comme les populations étaient analphabètes et ne savaient pas dire « vendez moi le produit contre les éruptions » on entendait « yeyame po6é rippeu ».
Dans la première décennie après l’indépendance ,les prix de certains produits nous renseignent sur l’offre des comptoirs français : 1 sac de farine de 50 kg à 2 100 frcs , 1 pain de sucre (2kg) à 140 frcs , 500g de thé à 750 frcs ,40 sachets de bonbons à 3200 frcs ,1 kg de café (en grain) à 200 frcs , 1 litre de pétrole à 50 frcs ,3 douzaines de verres de thé à 375 frcs , 1 litre d’huile à 260 frcs ,1 caisse de boisson ( 24 bouteilles) à 1500 frcs ,une boite de Nescafé grand modèle (900 g) à 810 frcs !
Selon les besoins des uns et des autres ,la ville ressemblait à une véritable fourmilière ;et les différentes couleurs des vêtements portés par les individus ,créent un paysage pittoresque.
Podor,point de rencontre des bateaux et des chameaux ,Podor point de rencontre des caravanes et des caravelles ,est aussi point de rencontre de diverses communautés :peuls dans leurs grandes diversités (toucouleur et poulo : tous deux parlent la même langue ,le pulaar et forment une seule éthnie peule. Il ya lieu de préciser ,ce qui suit : quand quelqu’un dit qu’il est TOUCOULEUR ,il fournit deux importantes informations : la première :son terroir d’origine qui est le Fouta Toro , au Nord dans la vallée du Fleuve Sénégal ; la deuxième ,son parler qui est le poular. Si quelqu’un dit qu’il est peul ,il donne une seule information ,à savoir son parler qui est le poular.Il faudra lui poser la question suivante : il est peul d’où ? Du DJOLOFF ?,DU FOULADO ?DU FOUTA DJALLON ? DU MACINA ?DU BURKNA ?DU CAMEROUN ?etc…), la communauté Maure ,Sarakolet ,Balbara ,Baoulé,Mossi . Une population aussi cosmopolite est un brassage ,un terreau fertile pour un enrichissement culturel ;et ce n’est pas sans compter l’apport culturel du colonisateur qui bien entendu offre tous les ingrédients pour assimiler.Ici avec le chef blanc ,le brassage culturel est une acculturation ,une aliénation culturelle ,une assimilation.




L’animation à l’embarcadère et aux quais ,c’est aussi la rotation des petites pirogues ,du bac.Pour joindre les deux rives ,Podor et Dakhla, aller à Gourel Awbé ,Gourel Sissibé ,Loughat,Daabaye ,Ngaabindé ,Touf ndi Diammy ,Toulel Mandiaye Rassel –Kra , R’kiz et plus loin dans le Sud de la Mauritanie ,à Dar –el-Barka ,Boghé ,Boutilmit . A toute heure ,de jour comme de nuit ,les piroguiers rompus à la tache ,offraient leurs services ; d’une rive à l’autre les lieux changent d’appellation :embarcadère au départ ,débarcadère à l’arrivée ! Interminable mouvement !Certainement éternel ,tant qu’il existera le cours d’eau ,tant que les besoins existeront et tant qu’existeront des hommes pour exprimer la satisfaction de ces besoins !
Le bac ,tantôt à la cordelle ,tantôt à la rame ,glissait lentement sans bruit ,sur un paisible plan sur cette partie du fleuve. Les véhicules des comptoirs ,des traitants ,des particuliers ,l’administration ,l’armée ,empruntaient l’immense embarcation mise en mouvement par l’ énergie déployée par les agents payés pour assurer la traversée.
L’ANIMATION DES QUAIS ,c’est aussi l’arrivée des bateaux. Bateaux à vapeur, bateaux à voile ,cotres ,tout ce qui flottait ,était sur les flots !
Chargeant et déchargeant ,les manœuvres vidaient et replissaient les cales des bateaux pour remplir ou vider les vastes magasins des comptoirs.
Parmi les bateaux à vapeur qui ont mouillé câble à Podor durant toute la période coloniale : l’Hirondelle ,le Rossignol ,le Samory , le Ponty ,le Boufflers (qui était un remorqueur flanquait de trois chalands ) ,le Mauritanie ,le Sénégal ( deux bateaux de débarquement utilisés pour le fret ),le Sine ,Le Saloum ‘deux bateaux à roues ( roues en palettes de chaque et à l’arrière du navire mises en mouvement par la vapeur venant des chaudières où l’eau est portée à l’ébullition avec du bois comme combustible ( les bateaux étaient alimentés en bois de chauffe à Lamnadié non loin de Podor ), le Soulac-Bordeaux et la prestigieux Bou-el- Mogdad arrivé à Podor un certain jour de l’An 1950.
Les cours ,comme chaque année ,débutaient le 3 Novembre à l’Ecole Régionale de Podor. Le Directeur de l’Ecole ,Monsieur Boubou SALL ,assisté de tous les maitres ,conduit les élèves de toutes les classes au fleuve pour admirer le bateau.Les eaux de crue ,n’étant pas encore complètement retirées ,la grande pirogue devait accoster au quai bien aménagé( qui existe encore de nos jours) face au Comptoir Devès-Chaumet (Famille Doudou SOW ).
Nul doute que les élèves étaient émerveillés par cette visite matinale ;ce a surtout marqué ,c’était l’occasion offerte de monter dans le bateau ,de découvrir un bateau à étages ,une grande salle ,un bar restaurant ,des chambres avec tout le confort ,de la musique ,une atmosphère de fête ,de gaieté ,le tout dans un bateau avec un personnel composé d’hommes blancs ,de mécaniciens noirs ,des employés appelés matelots ,chacun ,vaguant à ses services ! L’émerveillement était son comble ,quant à la musique généreusement diffusée par les hauts -parleurs ,vint s’ajouter l’inoubliable et mémorable son de la sirène de cette grand embarcation !
Que c’est beau un tout blanc bateau ,des drapelets flottant au vent comme dansant aux rythmes endiablés des notes de musique égrenées par une multitude de petites bouches disséminées dans la parois du grand navire.

Par Abdourahmane NIANG

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