NAYI SARE( quatrième partie)

Outre les bateaux à vapeur ,de grands bateaux à voile participaient au trafic fluvial. Sous le commandement de grands Capitaines à l’expertise avérée ,assistés de marins expérimentés ,ces grandes embarcations transportaient biens et personnes. Ces grands navigateurs étaient : Salif Mall ,Baba Daya Niang ,Iba Yoké Sarr ,Babacar Ndiongue ,Baba Labo Niang ,Aly Ndiack Wade, Oumar Sarr dit Korel ,Saidou Lamine Sarr ,Ndiouga Ly ,Samba Ndéné Mbaye ,Alassane Sarr ,Dialtabé Diack Mameu Samba Yaye Ndiongue.
Toujours pour la navigation fluviale ,les Tares ,bateaux à fond plat semblable à ceux des pêcheurs de Guet Ndar ,à la seule différence qu’ici la coque est base et particulièrement évasée dans sa partie centrale ; cette embarcation fait usage de la voile. Si le vent n’est pas au rendez-vous ,c’est le halage ;les marins de ces navires sont reconnaissables avec leurs pantalons très évasés de la ceinture aux cuisses. Haler le bateau ,c’est le faire avancer en le tirant ;le chemin utilisé ,bien connu des marins ,est le chemin de halage tout au long de la berge du fleuve.
Lorsque le chemin de halage présente un obstacle ,les marins font usage de longues perches pour faire avancer le bateau.
Entre les deux rives ,les rotations des pirogues se justifiaient par le faut que les populations de Podor ,particulièrement celles des quartiers Mbodiène ,Bir-Podor ,Thioffy et Souima ,étaient propriétaires historiques ,juridiques et traditionnelles des terres de culture sur la rive droite.Les titres de propriétés s’appuyant en tout légitimité et en toute légalité sur d’abord l’occupation traditionnelle ,le décret de décembre 1933 ,déterminant les frontières entre les territoires coloniaux de la Mauritanie et du Sénégal puis sur le jugement d’Avril 1948 du Tribunal d’Aleg dans l’affaire EL-Béjoul opposant les Toucouleurs de Podor et les Ahel Cheikh SIDIYA. De la rivière de Babo à celle de Khéty Mbett ( 15 km /10km) de terres de cultures revenaient aux Toucouleurs de Podor .On comprend dès lors l’animation et le mouvement des populations entre les deux rives :les Palés (singulier falo) et les champs de Hacyane ,de Mbeydiya ,de Gor Worongé ,de Toulel Mandiaye , etc….




Si les pirogues ,les bateaux et autres embarcations assuraient le trafic fluvial ,si les caravanes des bœufs porteurs ,des ânes ,chameaux et chevaux constituaient les moyens de transport terrestre ,le courrier postal ,de Saint-Louis à Podor venait compléter ,de façon régulière , la mobilité et le transfert des biens et des personnes tout au long du trajet .
L’importance de Podor ,par la présence massive d’une colonie de français dans toute l’administration , dans les comptoirs et dans l’armée particulièrement fait sans doute que Podor ,en plus de sa gare routière ,son escale portuaire ,sera très tôt doté d’une piste d’atterrissage pour les avions.
En 1934 ,existaient dans la colonie du Sénégal ,quatre terrains principaux : Dakar ,Saint-Louis ,Thiès et quatre terrains secondaires :Podor ,Kaolack ,Tambacounda ,Ziguinchor.
Le terrain de Podor sera définitivement homologué en 1954 ,lors de la célébration du centenaire du Poste Militaire ,le Fort Faidherbe de Podor.
Les moyens de transports ,fluviaux ,terrestres et aériens étaient au rendez-vous à Podor ,ville phare dans la vallée après Saint-Louis.
A ces équipements pour la mobilité ,viennent s’ajouter les communications et les informations météorologiques.
Le bureau des postes et télégraphes (initialement à Ndiayène Pendao) avec ses équipements pour le téléphone et ses appareils de transcription des signaux de l’alphabet Morse ,la Météo avec LE TSF ,Podor était accessible à tout moment.
L’EDUCATION
IL serait utile de rappeler ici que la ville de Podor ,au cœur du Fouta Toro ,se trouve à la pointe extrême Ouest de l’Ile à Morfil ,que Podor est dans l’Ile à Morfil. De rappeler également ,que c’est au Fouta ,province héritière de l’ancien royaume Tekrour,que l’Islam , religion du Sceau des Prophètes ,Mouhammadou Rassouloul lah ,a fait son apparition bien avant 1040. Le Fouta a connu sept (7) Dynasties ,la plus anciennement révélée, remonte à l’An 850 (pratiquement à la période de naissance de la France -843) ;que c’est à la deuxième Dynastie (1000 -1300) Manna que l’Islam ,par Yahya Ben Ibrahim et Abdallah Ben Yacine ,s’est implanté sur les bords du Fleuve ,au Fouta,avant de se propager quatre siècles après dans le reste du Sénégal.
L’ancienneté de l’adhésion des populations de cette contrée ,avait certainement amené le colonisateur français ,à y créer une école ,dans le but d’introduire sa culture et partant donner une chance à sa propre croyance religieuse. Hypothèse plausible en nous référant aux citations suivantes émises par Abu Zayd Abderrah’mane Ibn Khaldun –que l’histoire connait sous le nom de Ibn Khaldun : « le vaincu est toujour avide d’imiter le vainqueur dans ses insignes ,sa tenue ,ses tendances et l’ensemble de son comportement et ses usages » ; «une nation vaincue et soumise ,dépérit rapidement ». Ces deux pensées de Ibn Khaldune ne trouvent-elles pas leur application lorsqu’on constate ,encore de nos jours ,combien le comportement des citoyens des anciens territoires colonisés , est en porte -à-faux avec le patrimoine ancestral !
Un autre penseur ,en l’occurrence le Président Poète Léopold Sédar Senghor ,nous a servi cette autre pensée « enracinement et Ouverture » .c’est aboutir à un métissage culturel !
Le pouvoir colonial a-t-il réussi ,ici au Fouta ,sa mission d’assimilation ? En partie ,oui ! Par sa présence ,la société ,en plus de sa division en castes ,est désormais divisée en deux grands groupes : les Hommes et Femmes à la Page ,communément appelés les Evolués et ceux et celles fidèles à la civilisation ancestrale, appelés les Arriérés, qui ne sont pas à la page ! Et le pouvoir colonial français va encore mieux augmenter les clivages en désignant d’un coté ,les citoyens et de l’autre ,les indigènes ,selon le principe de diviser pour régner !
L’école française a pris racine ,ici à Podor ,le 23 octobre 1894 , un an avant la création par décret du 16 juin 1895 de l’A.O.F ( Afrique Occidentale Française).
Ici à Podor ,chef –lieu du Cercle de Podor ,a vu le jour l’Ecole Régionale de Podor ,quand ,bien après ,seront créées les Ecoles Rurales de Dagana ,Matam et Backel sur le fleuve.
Bien entendu ,la présence du pouvoir colonial ,du 17 mars 1854 ,(prise de Podor,Dimath et Fanye ) consacrant le début de la conquête coloniale du Sénégal et de l’Afrique Occidentale , en juin 1960 ,ne va pas sans laisse de traces. Les populations musulmanes de Podor et des villages environnants, sans subir de façon officiellement déclarée les objectifs visés de domination ,sont de fait mises devant les faits : l’école française montre dès le départ les différences entre l’école coranique et l’école des « civilisés ». A cette époque ,l’idée générale pour empêcher la fréquentation de l’école française, était : celui qui prend son enfant par le bras pour le conduire à l’école française ,le jour de la résurrection l’enfant le prendra par le bras pour le conduire en enfer ! C’est assez pour dissuader. Mais c’est sans compter avec le pouvoir qui a proclamé que l’école était obligatoire ! Et devant cet arrêt du chef blanc ,la soumission s’imposait les passibles sanctions :paiement d’une amende qui peut varier :un bouc , une vache ,un bœuf ,une jument ,du mil , et….un emprisonnement de …. 1….à 3 jours de prison !
Pour un toucouleur « O favama almane ou o socaama caso »(on lui a infligé une amende ou il est sous le coup d’un emprisonnement) , suffit pour ternir la réputation ,non pas seulement du sanctionné ,mais de toute la famille et les alliés !
Pour parer à toute forme de contagion du fait de l’école, les parents se soumettaient non sans mettre en garde les enfants ,en disant : « vous allez à l’école pour apprendre à lire ,à écrire ,à avoir du savoir mais pas pour copier la façon de vivre des blancs ,encore moins leur religion » ! Comme dit un dicton « à force de fréquenter l’atelier d’un forgeron ,on finit par sentir l’odeur du salpêtre ou celui qui fréquente le vendeur d’encens ,finit par en sentir les odeurs ». C’est dire comment éviter le mimétisme ? Cette reproduction mécanique des comportements ,des sentiments ?




Certains ont échappé ,d’autres ont limité les dégâts et d’autres ,sans doute nombreux ,ont regagné la classe des évolués !
L’école française ,ne le nions pas ,a produit des cadres ,ici ,à Podor ,qui font notre fierté
Les enfants de Podor et des environnants ,tout en fréquentant l’école du chef blanc ,n’ont pas abandonné l’école coranique. Nombreux étaient alors les marabouts de grande renommée ,qui exerçaient la fonction de maitre coranique .
A l’aube de l’installation de l’école française ,bien entendu ,les enseignants étaient des blancs ; par la suite ,des Noirs ont pris le relais.
Parmi les directeurs français ,Mr Péraldi ,s’était distingué particulièrement. A certaines heures de la journée ,il ne voulait entendre aucun bruit : les coups de pilons ,le hennissement des chevaux ,les moutons ou les chèvres ,les empêcher de bêler !
Par A bdourahmane Niang
A suivre
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