Coup de Gueule : Déshonorable, cette assemblée-là !

Chaque jour qui passe nous offre davantage matière à réflexion et des questionnements légitimes sur le rôle de nos députés. Non seulement ils coûtent trop cher au peuple, mais le travail qui leur est assigné est de loin celui qu’ils font. La préférence de l’investiture du président de la république au vote du budget du ministère de l’agriculture est l’une des preuves les plus saisissantes.



Assemblée nationale : Cette image du ministre de l’Agriculture embrase la toileSélectionné pour vous :
Assemblée nationale : Cette image du ministre de l’Agriculture embrase la toile

A trop regarder se dérouler sous nos yeux ces épisodes qui reflètent l’insouciance des députés du peuple au sein et en dehors de l’hémicycle, on en devient simplement meurtri. Rien du travail des députés, aujourd’hui, ne convainc et ne passionne. On est loin de ces temps où les groupes parlementaires d’opposition se faisaient l’écho des préoccupations de leurs mandants jusques dans les débats. Eh oui, loin de ces temps où les députés de l’opposition pourraient discourir à volonté sur les questions du jour sans beaucoup de difficultés, notamment en ce qui concerne le temps de parole. Face à ces députés qui font montre d’une inculture notoire et d’une ignorance totale de leurs fonctions sacerdotales (puisque devant être aux services du peuple), nous devenons tout simplement nostalgiques de ces grands noms qui ont marqué leur temps.

Jusqu’en 2017, la douzième législature était décrite comme la pire depuis l’histoire du Sénégal indépendant. Mais on était vite allé en besogne. Car si avec la douzième législature, on avait touché le fond, avec la présente équipe, on a touché le fond du fond. Cela d’autant plus que les scènes de bagarres, d’injures, d’invectives, d’arrogance ont fini par peindre l’assemblée comme un milieu infect où il est quasi-impossible de se comporter en gentleman. C’est à croire que l’éternel géomètre a fini par quitter cet espace devenu une sorte de jungle et nous punit en en laissant l’accès à des « déshonorables » députés qui n’obéissent qu’à leurs pulsions au point que le député Abdoulaye Makhtar Diop en dit : « certains députés viennent d’écrire la page la plus noire de l’Assemblée du Sénégal. Il faut qu’ensemble nous présentions au peuple sénégalais nos excuses les plus sincères ».




En plus de ces batailles rangées qui ne se déroulent même pas à la chambre basse de la Grande Bretagne (où le débat se fait dans un espace plus étroit), l’assemblée nationale a fini par n’être qu’un lieu d’enregistrement des lois, bonnes ou mauvaises, sans vraiment un sérieux travail en amont. La quasi-totalité des députés se satisfont, nostalgiques de leurs vies d’écoliers, à lever la main en signe d’approbation des projets de lois soumis. Des béni-oui-oui en quelque sorte ! Le tout récent vote de la loi n°28/2018 portant Code des Télécommunications électroniques nous réconforte dans l’idée que cette assemblée-là est très peu inspirée. La restriction de l’internet et des réseaux sociaux cache mal cette volonté manifeste d’établir la Censure du web surtout en cette veille d’élections. Malheureusement, cela pourrait avoir un effet de boomerang comme avec ce que sont en train de vivre les libéraux pour ce qui est relatif au fameux arrêté Ousmane Ngom interdisant toute manifestation en centre-ville.




L’absentéisme des députés, et si l’on en parlait ? Si les absents devaient se voir leurs postes retirés après leurs absences d’hier, peu de députés en effet continueraient de siéger à l’assemblée. Pour répondre présent à l’investiture du candidat de Bennoo Bokk Yaakaar, la quasi-totalité des parlementaires ont brûlé la politesse à leurs homologues présents et ont ainsi démontré que « la patrie avant le parti », expression si chère au président Macky Sall, n’est qu’un slogan. Alors que le peuple qui les a élus attendait de savoir à combien est arrêté le budget du ministère de l’agriculture, 126 des 129 députés de la majorité ont relégué au second plan leurs obligations professionnelles. Quoi de plus normal si l’on sait que bon nombre d’entre eux doivent leur présence à l’assemblée nationale au chef de l’Etat ?

Des députés du peuple qui s’intéressent plus à l’investiture de leur candidat ou leur propre parrainage plutôt qu’à leur travail dans l’hémicycle, c’est tout simplement pathétique. Des parlementaires qui répondent à l’appel de leur chef de parti et snobent le peuple qui les a mis là où ils sont, c’est vraiment incroyable. Et cela semble être de nos basses habitudes que de prendre à la légère les préoccupations des populations alors que l’on vit aux frais de la princesse. En effet, chaque député coûte aujourd’hui 1,3 million de francs CFA, un 4×4 et 300 litres d’essence par mois. Pourtant sans vraiment fouiller dans les placards de l’Assemblée, on trouvera plusieurs raisons les unes aussi flagrantes que les autres, de détester cette représentation du peuple. Il est temps d’y remédier ; ledit peuple a besoin de retrouver son Assemblée d’antan : digne et libre !

Ababacar GAYE



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