9 AVRIL 1989 – 9 AVRIL 2019 : Il Y A 30 ANS DÉBUTAIT LE CONFLIT SÉNÉGAL-MAURITANIE: RAPPEL HISTORIQUE D’UN FRATRICIDE

Il y a 30 ans débutait le conflit sénégalo-mauritanien. Entre 1989 et 1991, un conflit a opposé, le long du fleuve Sénégal, ces deux pays riverains, à savoir le Sénégal et la Mauritanie.
Cette crise s’est soldée par la rupture de leurs relations diplomatiques pendant plusieurs années, des dizaines de milliers de victimes dans les deux pays, des milliers de réfugiés de part et d’autre, sans parler des répercussions non négligeables sur la politique intérieure sénégalaise. Elle a marqué durablement les relations entre les différentes communautés.
Chronologie des événements
Le 9 avril 1989, Diawara, une localité du Sénégal oriental, est le théâtre d’un nouvel accrochage entre des bergers peuls mauritaniens et des paysans soninké sénégalais. L’armée mauritanienne intervient, deux Sénégalais sont tués, plusieurs grièvement blessés, et une douzaine retenus en otages.
Du 21 au 24 avril, ce sont des commerçants maures blancs qui voient leurs boutiques pillées et incendiées, des professionnels maures noirs sont brûlés vifs dans les fours de leur « dibiterie » (méchoui) ou encore décapités. Ceux qui étaient à Kaolack ont été couverts par les cheikhs de la Tidjaniyya. Il en est de même des chefs religieux relevant de la Qadiriyya (pour l’essentiel descendants de Cheikh Saad Bouh).

Fin avril, des centaines de Sénégalais sont tués ou mutilés à Nouakchott et dans plusieurs autres villes mauritaniennes, et lorsque les rapatriements ont commencé, les Maures ont fait l’objet de vives représailles à partir du 28 avril. À ce moment-là, le chiffre officiel est de 60 victimes. Chaque pays entreprend alors de rapatrier ses ressortissants, grâce à un pont aérien mis en place par la France, l’Algérie, l’Espagne et le Maroc.
L’état d’urgence et le couvre-feu sont instaurés sur la région de Dakar afin de contrôler une foule surexcitée. L’escalade est évitée. C’est alors qu’Abdou Diouf, président de la république du Sénégal, ordonna à l’armée sénégalaise de protéger les ressortissants mauritaniens, en les ramenant au Bataillon du train pour assurer leur rapatriement en Mauritanie. 160 000 Mauritaniens et 70 000 Sénégalais sont rapatriés à ce moment-là.
Le 21 août 1989, les relations diplomatiques entre les deux pays sont rompues, elles ne seront rétablies qu’en avril 1992. La frontière sénégalo-mauritanienne est rouverte le 2 mai 1992.
Ces départs massifs perturbent l’équilibre de la vallée du fleuve, entraînant notamment une baisse de la production agricole et un accroissement de la déforestation. En Mauritanie, le secteur du bâtiment et la pêche maritime, traditionnellement assurés par les Sénégalais, souffrent de ces expulsions. Sur la rive gauche, le retour des réfugiés provoque une surcharge des infrastructures (points d’eau, équipements sanitaires) déjà saturées. Le département de Podor voit sa population croître de 13,6 %, celui de Matam de 12 %. La population de certains villages double.

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